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L'Allaitement des Orphelins et la Politique de l'Enfance Pendant la Première Guerre Mondiale

Introduction

La Première Guerre mondiale a engendré une crise humanitaire sans précédent, laissant derrière elle des milliers d'orphelins et des familles déchirées. Cette situation a mis en lumière la nécessité d'une politique sociale de l'enfance plus structurée et plus efficace. Cet article se propose d'examiner l'évolution de l'allaitement des orphelins et les mesures prises par les pouvoirs publics pour améliorer le bien-être des enfants en France pendant et après cette période tragique.

L'évolution de la politique sociale de l'enfance

Avant la Première Guerre mondiale, l'attitude envers l'enfance était bien différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Les abandons de nouveau-nés étaient fréquents, la mortalité infantile était effroyable et l'enfance n'était pas considérée comme une étape de la vie nécessitant une attention particulière. Cependant, au fil des décennies, une évolution des sensibilités et une prise de conscience de l'importance de l'enfance ont conduit les pouvoirs publics à élaborer une politique sociale en direction des enfants.

On entend ici par politique sociale l’ensemble des stratégies mises en oeuvre pour améliorer le bien-être des enfants en y incluant aussi bien celles de l’Etat que des autres collectivités publiques (départements ou grandes structures hospitalières).

L'intervention sur l'enfance s'est faite dans le sens d'un triple élargissement. D'une part, les enfants étant l'objet d'une sollicitude de la part de la communauté nationale sont de plus en plus nombreux. Cet accroissement quantitatif vient, bien sûr, d'un élargissement des catégories d'enfants prises en charge : d'une « attention » réservée exclusivement aux enfants trouvés, on est passé au principe général d'une allocation distribuée à chaque enfant, même bien inséré dans sa famille. L'intervention s'est encore élargie dans ses objectifs. Il ne s'agit plus uniquement de lutte contre la mort des nourrissons, dans des buts philanthropiques ou démographiques, ou d'améliorer sa santé, mais de veiller au bien-être moral de l'enfant plus âgé. Après le combat pour la survie du nouveau-né, le but des politiques de l'enfance est de préserver la qualité de leur vie. Enfin, dernier mot, les pouvoirs publics s'acheminent vers une prise en charge partielle des enfants en difficulté plutôt que globale. Si les raisons en sont en partie économiques et bien perçues, au moins depuis la Révolution, elles sont renforcées, ici comme ailleurs, par le développement de la notion de prévention.

L'allaitement des enfants trouvés : Des débuts difficiles à une surveillance accrue

Pendant des siècles, l'assistance à l'enfance s'est limitée aux pauvres en général. Les enfants trouvés ont été les premiers à attirer l'attention des pouvoirs publics. L'action de saint Vincent-de-Paul est significative d'une démarche qui sera à l'origine d'une des premières mesures spécifiques à l'égard de l'enfance. Louis XIII lui fournit le château de Bicêtre, et en signant un édit revêtu de lettres patentes pour créer officiellement l’établissement des Enfants trouvés de Paris, Louis XIV conforte une initiative privée et engage à son tour l’autorité du prince dans un grand et nouveau combat. Au même moment, partout en France, s'ouvrent de grands hospices ayant au moins une section spécialisée dans l'accueil des enfants trouvés.

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La Révolution conforte ces options. Quand le Comité de mendicité de la Constituante déclare : « les enfants qui ont droit à l’assistance de la société semblent devoir être l’objet de ses premières méditations », elle songe encore et avant tout aux enfants sans famille. Quelques années plus tard, le décret de 1811 ne concerne toujours que « les enfants trouvés ou abandonnés et les orphelins pauvres ».

Au début des années 1830, 35 000 enfants trouvés viennent chaque année grossir les rangs des enfants élevés sous la tutelle des hospices. Aussi, cherchant à dépasser le simple accueil de tous ces enfants, administrateurs d’hospice et philanthropes commencent à s’interroger sur les moyens de prévenir l’abandon. Puisqu’il est démontré que la plupart des enfants abandonnés ont pour mères des femmes célibataires, en distribuant aux filles-mères des secours temporaires, on les encouragera à élever elles-mêmes leurs enfants. La pratique est généralisée sous le Second Empire. En 1935-38, près de 60 000 enfants perçoivent des secours à domicile, alors que les enfants trouvés, abandonnés et orphelins sont à peine deux fois plus nombreux.

Au XVIIIe siècle, la tradition de faire nourrir son bébé à la campagne par une nourrice mercenaire est bien implantée dans les milieux urbains. Au début du XIXe siècle, le discours rousseauiste n'a pas encore fait beaucoup d'émules, même dans le corps médical, toujours sensible au mythe de l'air pur de la campagne et quantité de petits citadins quittent ainsi, aux premiers jours de leur vie, le sein maternel et leur maison natale.

La loi du 23 décembre 1874, dite loi Roussel, s’attaque à la plaie que constitue la mise en nourrice. Tout enfant, âgé de moins de deux ans, qui est placé moyennant salaire, en sevrage ou en garde hors du domicile de ses parents devrait, par ce fait, faire l’objet d’une surveillance de l’autorité publique, ayant pour but de protéger sa vie et sa santé. Un comité supérieur de protection des enfants du premier âge est institué au ministère de l’Intérieur. Cette loi est importante parce que, tout en instituant un contrôle sur les nourrices, elle admet que c’est l’enfant qui doit être surveillé, suspectant la qualité de la vigilance familiale et la doublant d’un contrôle officiel.

La loi Strauss et l'assistance aux femmes en couches

La loi Strauss du 17 juin 1913 autorise les femmes françaises à s'absenter quatre semaines après leur accouchement ou même avant si elles peuvent justifier par certificat médical « qu’elles ne peuvent continuer à travailler sans danger pour elles-mêmes ou pour l’enfant ». 40 % des femmes qui accouchent en France à la veille de la Seconde Guerre mondiale bénéficient de cette assistance qui se matérialise par des indemnités journalières et une allocation supplémentaire en cas d’allaitement, à partir de la loi du 24 octobre 1919.

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Les alternatives à l'allaitement maternel : nourrices, laits d'animaux et farines lactées

L’allaitement maternel, a connu au cours de l’histoire, le recours aux nourrices, notamment dans les cas de décès postpartum maternel, ou bien sûr lorsque la mère n’avait pas suffisamment de lait. Elles sont les assistantes maternelles d’antan. Du Moyen-Age au 17ème siècle Dans les classes aisées, le recours aux nourrices était la norme. Dans la noblesse, confier l’enfant à une nourrice permettait aussi à la mère d’enfanter de nouveau plus tôt et de s’assurer un héritier. Dès l’année 1284, il s’était établi à Paris, des femmes appelées Recommandaresses, dont le métier consistait à procurer des nourrices aux habitants de la capitale. Un édit royal supprima définitivement, en 1769, la vieille institution des Recommandaressses et la remplaça par le « Bureau général des Nourrices et Recommandaresses pour la ville de Paris » ou Grand Bureau.

Fin du 19ème siècle Du fait d’une industrialisation naissante et du mouvement d’urbanisation qui en découlait, la pratique de la mise en nourrice se généralisa, causant une mortalité effroyable parmi les nouveaunés. Toutes les classes sociales y recouraient : même les familles les plus pauvres faisaient des sacrifices énormes afin d’envoyer leur enfant en nourrice, loin de l’air vicié des villes.

Il existait à Paris, en 1906, une vingtaine de bureaux de nourrices où se recrutaient les « nourrices sur lieu » et les « nourrices au loin ». C’est pourquoi, il arrivait régulièrement que les enfants qui leur étaient confiés meurent de malnutrition, les nourrices ne pouvant bien sûr pas « fournir » suffisamment de lait pour tous les enfants dont elles avaient la charge. De leur côté, les nourrices étaient elles-mêmes des mères dont l’enfant était encore au sein : ainsi tous pâtissait de la situation, les enfants des pauvres autant (sinon plus), que les enfants des riches… Les nouveaux-nés étaient trop rapidement sevrés et nourris avec des soupes et des bouillies à base de laits d’animaux avec des conditions d’hygiène et matérielles souvent précaires.

Les statistiques de cette fin du 19ème siècle sont choquantes : 71 % de mortalité chez les enfants mis en nourrice versus 15 % chez ceux allaités par leur mère. Théophile Roussel, médecin et homme politique, fit adopter en 1874 une loi qui mit en place un « Comité supérieur de protection de l’Enfance » et établit la surveillance de tout enfant de moins de deux ans, placé en nourrice. La fin du 19ème siècle et le début du 20ème voient la disparition progressive des nourrices (le dernier bureau de placement ne fermera qu’en 1936) et leur remplacement, progressif par des biberons plus sûrs avec l’avènement des lits artificiels.

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, pour pallier aux carences des mères ou aux insuffisances des nourrices, les laits d’animaux étaient utilisés : lait d’ânesse, de chèvre, de vache, … Quant au lait de vache, facile à se procurer, il était coupé avec de l’eau d’orge, du gruau, des décoctions de lentilles ou autres féculents, pour essayer d’en faciliter la digestion, ce qui en réalité n’arrangeait pas les choses…

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C’est en 1805, qu’Antoine Augustin Parmentier, savant des Lumières connu pour ses travaux sur la pomme de terre, a procédé à la première tentative de séchage intégral du lait. En 1856, l’Anglais Grimwade se lançait aussi. En 1851, l’Américain Gail Borden Jr inventa le procédé du lait concentré. Le lait concentré sucré, ou lait condensé (anglicisme du terme Condensed milk), est obtenu à partir de lait de vache, duquel une partie de l’eau a été retirée par évaporation sous vide et auquel a été ajouté 40 à 60 % de sucre. Ce produit peut ainsi se conserver plusieurs années.

Dès la fin du 18ème siècle, la chimie moderne se développe et la composition du lait se précise progressivement. 1865 : Justus Von Liebig est un professeur de chimie allemand. Il créa un substitut de lait maternel pour deux de ses petits enfants qui ne pouvaient pas être allaités et non qui ne sont pas allaités après avoir analysé la composition chimique du lait humain et du lait de vache. 1866 : En Suisse, Henri Nestlé, un pharmacien, qui avait perdu plusieurs de ses frères et soeurs avant leur majorité, voulait trouver une solution pour lutter contre la malnutrition des bébés. À cette époque, la mortalité infantile pouvait atteindre 15 à 20 % durant la première année de vie. En 1866, la farine lactée (à base de lait de vache et de céréales) fut mise au point sur le modèle du lait artificiel pour enfant de Von Liebig.

En 1908, le premier lait en poudre pour enfants est inventé. Maurice Guigoz, suisse lui aussi, utilisa le procédé de dessiccation. Il fit chauffer le lait sous vide, à basse température puis le reconstitua avec de l’eau. Un médecin de Fribourg testa auprès de nourrissons le lait obtenu. Le lait « Crémo », face à une mortalité infantile encore importante, triompha et obtient la médaille d’argent à l’Exposition nationale de Berne, en 1914. Désormais nommé Guigoz, le lait se vendit dans les boulangeries et les officines.

L'impact de la Première Guerre mondiale sur la politique de l'enfance

La Première Guerre mondiale a eu un impact profond sur la politique de l'enfance en France. La guerre a entraîné une augmentation du nombre d'orphelins et d'enfants abandonnés, ce qui a mis en évidence les lacunes du système de protection de l'enfance existant.

Elle a également été une véritable hécatombe pour la population française. Près de 600 000 veuves de guerre et 986 000 orphelins seront plongés dans la plus grande détresse physique et morale.

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont été contraints de renforcer les mesures d'assistance aux enfants et aux familles. La loi du 14 juillet 1913 sur l'assistance aux familles nombreuses, qui entre en application le 1er mars 1914, accorde une allocation mensuelle à partir du quatrième enfant. Variable selon les départements et modeste, mais équivalente dans les faits au moins au tiers du coût d'un enfant assisté, elle est limitée aux enfants des familles de nationalité française.

De plus, des initiatives locales ont vu le jour pour venir en aide aux enfants touchés par la guerre. Par exemple, Émilie Mottet a fondé la mutualité maternelle de Belfort, qui distribue primes d’allaitement et layette aux parents démunis. Elle participe à la création d’un foyer pour les orphelins de guerre à Chaux.

Les archives départementales : Une source précieuse pour l'étude de l'assistance sociale

Tout au long des XIXe et XXe siècles, la préfecture relaye à l'échelle du département les grandes lois d'assistance, dont la plupart sont promulguées entre 1870 et la Première Guerre mondiale. Les mesures d'assistance aux femmes en couches, aux enfants assistés, aux familles nombreuses, aux aliénés…

La sous-série 3 X est une source incontournable pour l'étude des catégories sociales les plus défavorisées et des modes d'assistance ainsi que, plus indirectement, pour l'étude des pathologies et handicaps des populations. De cette forme d'assistance, on retrouve peu de traces dans la sous-série 3 X. Seuls les registres d'allocations témoignent de la protection par les pouvoirs publics des femmes en couches, et incidemment des nourrissons.

Les dossiers individuels d'enfants assistés représentent la majeure partie de la sous-série. Ils permettent d'appréhender les motifs de l'abandon, les conditions de placement ou encore le parcours personnel de l'enfant avant et après sa majorité (conscription, vie maritale). Quelques liasses complètent la série de dossiers individuels : il s'agit de rapports annuels dressés par les personnes habilitées à exercer un contrôle sur l'assistance apportée aux enfants et d'une liasse concernant les placements en apprentissage.

La sous-série 3 X se compose de répertoires des bénéficiaires de primes à la natalité, de registres d'inscription d'allocations versées, ainsi que des dossiers de gestion des offices d'habitations à bon marché.

Une catégorie de dossiers individuels, particulièrement consultée par les lecteurs et les services producteurs, a fait l'objet d'un relevé détaillé bien avant le classement de l'ensemble de la sous-série 3 X. Il s'agit des dossiers individuel des enfants assistés, cotés provisoirement et identifiés…

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