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Allaitement et anticorps chez les nourrissons en Afrique : enjeux et perspectives

L'allaitement maternel est reconnu mondialement pour ses nombreux bienfaits, notamment l'apport de nutriments et d'anticorps essentiels au développement des nourrissons. En Afrique, où la mortalité infantile reste un défi majeur, l'allaitement maternel revêt une importance particulière. Cet article explore les enjeux de l'allaitement en Afrique, en mettant l'accent sur la transmission du VIH de la mère à l'enfant et les stratégies pour la prévenir, ainsi que sur les avantages de l'allaitement en termes d'apport d'anticorps et de réduction de la mortalité infantile.

L'importance de l'allaitement maternel en Afrique

En Afrique, 5 millions d'enfants meurent chaque année avant leur cinquième anniversaire. La diarrhée, la pneumonie, le paludisme, la malnutrition et les maladies infectieuses sont les principales causes de mortalité infantile sur le continent. Un nourrisson africain a quatorze fois plus de risques de mourir au cours de son premier mois de vie que dans un pays du Nord.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) recommandent un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie d'un bébé. Selon leurs experts, la généralisation de cette pratique permettrait d'endiguer la mortalité néonatale et infantile et de sauver chaque année 200 000 vies rien qu'en Afrique de l'Ouest.

Le lait maternel est constitué à 88 % d'eau et contient tous les nutriments et anticorps indispensables à la santé et au développement du nourrisson. Une mise au sein précoce et exclusive permettrait d'éviter un tiers des infections respiratoires, la moitié des épisodes diarrhéiques et éloignerait même les risques d'obésité et d'hypertension artérielle plus tard durant la vie adulte.

L'allaitement accélère également la récupération de la mère après l'accouchement et réduit ses risques de cancers du sein ou de l'utérus.

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Malgré ces nombreux avantages, la pratique de l'allaitement maternel reste encore trop confidentielle en Afrique. Aujourd'hui, seuls quatre nouveau-nés sur dix sont mis au sein dans l'heure suivant la naissance et seuls trois bébés sur dix sont exclusivement nourris de cet aliment jusqu'à l'âge de 6 mois.

Les défis de l'allaitement maternel en Afrique

Plusieurs facteurs entravent le développement de l'allaitement maternel en Afrique.

  • Le manque d'informations et de soutien aux mères : Les jeunes mères repartent souvent à la maison sans avoir été guidées sur l'importance du geste nourricier en termes de santé et de développement de leur enfant, et sans qu'on leur ait montré les bons gestes.

  • Les pratiques sociales et culturelles : Certaines pratiques sociales et culturelles, comme les rites traditionnels consistant à administrer au nouveau-né des décoctions et des onguents, peuvent interférer avec l'allaitement exclusif.

  • Le lobbying des laitiers : Les fabricants de lait en poudre font entendre leur voix sur un marché africain prometteur, en véhiculant des messages qui s'appuient sur des références à une certaine « modernité ».

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  • La transmission du VIH de la mère à l'enfant : La transmission du VIH de la mère à l'enfant pendant l'allaitement est un enjeu majeur en Afrique, où de nombreuses femmes sont séropositives.

Allaitement et VIH : un défi majeur

La transmission du VIH de la mère à l'enfant peut se produire pendant la grossesse, l'accouchement ou l'allaitement. En l'absence de traitement, un nourrisson allaité par sa mère séropositive a 30 % de risque de contracter le VIH.

Philippe Van de Perre, virologue, a mis en évidence en 1991 le fait que le virus puisse se transmettre de la mère à l'enfant au cours de l'allaitement. « Les contaminations des bébés résultent dans un tiers des cas de la transmission du virus pendant l’accouchement, et pour les deux autres tiers au cours de l’allaitement maternel », détaille Philippe Van de Perre.

Suite à ces révélations, l'Organisation mondiale de la santé a décidé de recommander aux femmes infectées par le VIH d'éviter l'allaitement quand une alternative est possible et sûre. « Une recommandation impossible à appliquer dans la plupart des pays africains, pour différentes raisons, qu’il s’agisse de la pression culturelle, du coût du lait maternisé ou encore de l’accès à l’eau potable… », explique le spécialiste.

Stratégies pour prévenir la transmission du VIH pendant l'allaitement

Pour permettre aux femmes séropositives d'allaiter leur bébé sans risque de les contaminer, plusieurs stratégies ont été développées.

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  • Traitement antirétroviral pour la mère : L'administration d'un traitement antirétroviral à la mère permet de supprimer les particules virales du lait maternel. « Grâce à ce traitement, le plus souvent, nous ne détections plus le virus dans le lait, explique Philippe Van de Perre. Mais malgré le traitement maternel, de nombreux enfants continuaient à contracter le VIH ».

  • Traitement antirétroviral pour le bébé : Une nouvelle stratégie thérapeutique consiste à administrer un traitement antirétroviral directement au bébé, en plus du traitement pris par la maman. « Il s’agit d’un simple sirop pédiatrique donné à l’enfant, le traitement est très bien toléré et nous n’avons pas observé d’effets secondaires. Et les résultats sont éloquents : avec ce nouveau protocole, le taux d’infection des bébés passe à moins de 1 % ! »

  • Dépistage précoce et information : Un dépistage très précoce du VIH chez les mères et leur bébé, accompagné d'une campagne d'information sur le risque de contamination encouru par le bébé en cas d'arrêt du traitement, est essentiel pour assurer l'efficacité du protocole.

Depuis décembre 2019, Philippe Van de Perre mène en Zambie et au Burkina-Faso un programme unique au monde visant à optimiser la stratégie de prévention recommandée par l’OMS. Lors de la visite vaccinale des nouveau-nés âgés de 6 à 8 semaines, les chercheurs pratiquent un test de dépistage du sida chez toutes les mères et leur bébé. « Si on découvre qu’une mère est séropositive pour le VIH et que son bébé n’est pas infecté, on prescrit un traitement antirétroviral à la mère, ou on le renforce si celle-ci est déjà sous traitement. On prescrit aussi un traitement à l’enfant jusqu’à la fin de l’allaitement ».

Vers une stratégie vaccinale

Une autre stratégie prometteuse est l'utilisation d'anticorps monoclonaux neutralisants. « Il s’agit d’anticorps humains qui sont capables d’empêcher la réplication du VIH », explique Philippe Van de Perre. Une seule injection de ces anticorps pourrait permettre de protéger contre une éventuelle infection pendant 4 à 6 mois.

« Dans les régions du monde où le VIH circule beaucoup, en particulier chez les jeunes femmes, nous souhaitons administrer une injection de ces anticorps à tous les nouveau-nés à la naissance puis à 4 mois, à 8 mois et à 12 mois si l’enfant est encore allaité ».

Cette stratégie dite d’immunoprophylaxie passive est d’ores et déjà en phase 2 de test afin de vérifier la bonne tolérance chez les enfants.

Les anticorps du lait maternel : une protection essentielle

Le lait maternel contient des anticorps qui protègent le nourrisson contre les infections. Ces anticorps sont particulièrement importants dans les situations d'urgence, où le lait maternel constitue un aliment sûr, nutritif et accessible pour les nourrissons et les jeunes enfants.

L'allaitement maternel prévient les maladies respiratoires et diarrhéiques. Chaque année dans le monde, 77 millions de nourrissons ne sont pas allaités dans la première heure de leur vie. Fragilisant le système immunitaire, cette privation de lait maternel augmente de 80% le risque de décès.

Allaitement et développement de l'enfant

L'allaitement maternel a également un impact positif sur le développement de l'enfant. Selon le Dr Amélie Nijimbere, pédiatre, un enfant nourri au lait maternel a un quotient intellectuel supérieur à celui nourri au lait artificiel, car le lait maternel contient du lactose qui nourrit le cerveau de l'enfant.

Une alimentation saine doublée d’une stimulation adéquate et des soins adaptés sont essentiels pour développer le cerveau des bébés au cours des 1 000 premiers jours de vie.

Allaitement et nutrition des enfants infectés par le VIH

L’alimentation joue un rôle-clef dans la santé des personnes affectées par le virus du Sida et plus encore lorsqu’il s’agit d’enfants. L’infection par le VIH a des conséquences sur leur poids et leur taille: Lors d’une infection aiguë, leurs besoins nutritionnels peuvent augmenter de 50% à 100%.

L’allaitement est une question essentielle chez le nouveau né de mère séropositive. L’allaitement artificiel ne peut être mis en œuvre que si un certain nombre de conditions sont remplies sous peine de nuire à la santé de l’enfant. Enfin, l’allaitement protégé par les ARV chez les femmes qui allaitent leur enfant et/ou ne peuvent recourir à l’allaitement artificiel dans de bonnes conditions est aujourd’hui validé par l’OMS.

Recommandations de l'OMS

Fin 2009, l’OMS a proposé de nouvelles recommandations:

  • Trithérapie à partir du 2ème trimestre de grossesse
  • Poursuite de la trithérapie jusqu’au 12 mois du nourrisson
  • Allaitement maternel exclusif pendant 6 mois, introduction de l’alimentation complémentaire à 6 mois avec poursuite de l’allaitement maternel jusqu’à 1 an.

Dans les régions où la trithérapie n’est pas possible pour la mère (ressources insuffisantes du système de santé), une prévention par la Névirapine pour le nourrisson est possible pendant la durée de l’allaitement maternel.

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