Ahmed Gaïd Salah, figure marquante de l'histoire contemporaine algérienne, a joué un rôle central dans l'évolution politique et militaire du pays. De son engagement précoce dans la guerre d'indépendance à son ascension au sommet de l'armée nationale populaire, son parcours est intimement lié à l'histoire de l'Algérie moderne. Cet article explore la vie et l'œuvre de cet officier général, en mettant en lumière ses contributions, ses controverses et son héritage.
Jeunesse et Engagement dans la Guerre d'Indépendance
Ahmed Gaïd Salah est né le 13 janvier 1940 à Aïn Yagout, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Dès l'âge de 17 ans, il rejoint les rangs de l'Armée de libération nationale (ALN), combattant pour l'indépendance de l'Algérie contre le pouvoir colonial français. Son engagement précoce dans la lutte pour l'indépendance marque le début d'une longue carrière militaire.
Selon sa biographie officielle, il gravit rapidement les échelons de l'ALN, passant de simple soldat à commandant moudjahid. Il commande successivement les 21e, 29e et 39e bataillons dès août 1957.
Carrière Militaire Après l'Indépendance
Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, Ahmed Gaïd Salah poursuit sa carrière militaire au sein de l'Armée nationale populaire (ANP). Il est diplômé de l'Académie militaire d'artillerie Vystrel en URSS, ce qui témoigne de l'influence soviétique sur la formation militaire algérienne à cette époque.
Il occupe divers postes de commandement, notamment commandant de brigade, commandant du secteur opérationnel Centre, commandant de l'École de formation des officiers de réserve, commandant du secteur opérationnel sud de Tindouf, commandant adjoint de la 5e Région Militaire, commandant de la 3e Région Militaire et commandant de la 2e Région Militaire. En 1993, il est promu Général-Major. En 1994, pendant la guerre civile, il est nommé commandant des Forces terrestres.
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Bien que son parcours militaire ne soit pas marqué par des faits d'armes particulièrement glorieux, il est considéré comme un officier proche de ses troupes, effectuant fréquemment des visites sur le terrain.
Ascension au Sommet de l'Armée
La carrière d'Ahmed Gaïd Salah prend une nouvelle dimension en 2004, lorsqu'il est nommé chef d'État-Major de l'ANP par le président Abdelaziz Bouteflika. Cette nomination intervient dans un contexte de tensions entre le président et le chef d'État-Major sortant, Mohamed Lamari, qui exerçait une forte influence sur l'armée et la politique algérienne.
Gaïd Salah, perçu comme plus loyal envers Bouteflika, est chargé de moderniser l'armée et de laRecentrer sur ses missions de défense nationale. En 2013, il est également nommé vice-ministre de la Défense, en remplacement d'Abdelmalek Guenaizia, renforçant ainsi son pouvoir au sein de l'appareil d'État.
En accord avec la famille Bouteflika, il participe à la mise à la retraite du dirigeant du puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS), Mohamed Mediène, en 2015. Plus largement, Gaïd Salah supervise la transformation de l'armée, qui était traditionnellement indépendante du pouvoir politique, en une institution plus en retrait sur les questions politiques et sous le contrôle du pouvoir civil.
Rôle dans la Crise Politique de 2019
Ahmed Gaïd Salah joue un rôle central dans la crise politique qui secoue l'Algérie en 2019, à la suite des manifestations massives contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat.
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Dans un premier temps, il soutient la candidature du président sortant, avant d'adopter un discours plus conciliant face à la pression de la rue. Le 26 mars 2019, il "suggère" au Conseil constitutionnel de déclarer l'empêchement de Bouteflika pour raison de santé, en invoquant l'article 102 de la Constitution. Cette déclaration est perçue comme une rupture entre l'armée et le "clan Bouteflika".
Après la démission d'Abdelaziz Bouteflika le 2 avril 2019, Gaïd Salah apparaît comme l'homme fort du pays. Il lance une opération "mains propres" qui conduit à l'arrestation de plusieurs personnalités influentes, dont Saïd Bouteflika, des oligarques et des membres du clan présidentiel, ainsi que des généraux Mohamed Mediène et Athmane Tartag.
Cependant, son rôle dans la gestion de la transition politique est contesté par une partie de la population, qui réclame des réformes plus profondes et une rupture avec le système en place. Il rejette les mesures d'apaisement proposées par le chef de l'État par intérim, Abdelkader Bensalah, et s'oppose à toute modification totale de la loi électorale.
Malgré les critiques, Gaïd Salah maintient le cap et organise l'élection présidentielle du 12 décembre 2019, qui voit la victoire d'Abdelmadjid Tebboune.
Décès et Héritage
Ahmed Gaïd Salah décède le 23 décembre 2019 à l'âge de 79 ans, des suites d'une crise cardiaque. Sa mort survient quelques jours seulement après l'investiture du nouveau président Tebboune, qui lui décerne à titre exceptionnel la médaille de l'ordre du Mérite national au rang de "Sadr". Un deuil national de trois jours est décrété en Algérie.
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Son décès a suscité des réactions contrastées. Si certains saluent son rôle dans la préservation de la stabilité du pays et son engagement en faveur de la lutte contre la corruption, d'autres critiquent son autoritarisme et son refus de prendre en compte les revendications du Hirak.
Ahmed Gaïd Salah laisse derrière lui un héritage complexe et controversé. Considéré par certains comme un patriote ayant sauvé l'Algérie d'une crise majeure, il est perçu par d'autres comme un obstacle à la démocratisation et à la modernisation du pays.
Controverses et Critiques
Malgré son rôle prépondérant dans la politique algérienne, Ahmed Gaïd Salah a été confronté à de nombreuses controverses et critiques.
- Soutien initial à Bouteflika: Son soutien indéfectible à Abdelaziz Bouteflika, même lorsque ce dernier était affaibli par la maladie et contesté par la population, a été largement critiqué. Beaucoup lui reprochent d'avoir prolongé le règne d'un régime vieillissant et corrompu.
- Gestion de la transition politique: Sa gestion de la transition politique après la démission de Bouteflika a également suscité des critiques. Son refus de mettre en place des institutions de transition et son insistance à organiser une élection présidentielle dans un contexte de contestation populaire ont été perçus comme une volonté de maintenir le système en place.
- Répression des manifestations: La répression des manifestations du Hirak, avec l'arrestation de nombreux manifestants, militants et journalistes, a été dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme.
- Ingérence dans la justice: Son ingérence dans les affaires judiciaires, notamment à travers l'opération "mains propres", a été critiquée comme une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
- Discours populistes: Ses discours populistes et nationalistes, visant à discréditer les opposants et à mobiliser le soutien de la population, ont été perçus comme une tentative de manipulation de l'opinion publique.
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