L'accouchement est une expérience unique et personnelle pour chaque femme. Si l'analgésie péridurale (APD) reste une pratique courante en France, un nombre croissant de femmes exprime le désir d'accoucher sans cette intervention. Cet article explore les motivations derrière ce choix, les facteurs qui facilitent un accouchement sans APD, et l'importance d'un accompagnement individualisé pour répondre aux besoins spécifiques de chaque femme.
Contexte historique et évolution des mentalités
Depuis la nuit des temps, les douleurs de l'enfantement ont été considérées comme une fatalité, souvent associées à des notions religieuses. Ce n'est qu'au milieu du XXe siècle que l'église a officiellement autorisé la lutte contre ces douleurs. En France, les années 1980 ont marqué l'avènement de l'APD, devenant rapidement une pratique largement répandue. Cependant, depuis les années 2000, on observe un retour à une approche plus naturelle de l'accouchement, avec de plus en plus de femmes souhaitant se passer de l'APD.
Motivations derrière le choix d'un accouchement sans APD
Plusieurs raisons peuvent motiver une femme à choisir un accouchement sans péridurale. Certaines peuvent être dissuadées par l'idée d'une aiguille imposante ou être contre l'idée de recevoir des drogues durant la mise au monde de leur enfant. Une femme qui a confiance en ses capacités à mettre au monde son enfant et souhaite vivre pleinement cette naissance demande plus rarement une péridurale. La douleur est une sensation subjective qui dépend grandement de l'état psychologique de la personne, de sa culture et de la confiance qu'une femme a en ses capacités à donner naissance à son enfant.
Facteurs favorisant l'accouchement sans APD
Plusieurs facteurs peuvent faciliter un accouchement sans APD. Parmi ceux-ci, on retrouve :
Une atmosphère adaptée : Un environnement calme, intime et sécurisant peut aider la femme à se détendre et à mieux gérer la douleur.
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L'accès à certains équipements : L'utilisation d'un ballon de naissance, d'une baignoire de relaxation ou d'autres outils peut favoriser le confort et la mobilité de la femme pendant le travail.
L'usage de méthodes parallèles non pharmacologiques : Des techniques telles que la relaxation, la respiration, le massage ou l'acupuncture peuvent aider à atténuer la douleur et à favoriser la progression du travail. Il existe des moyens d'atténuer la douleur afin que celle-ci soit tout à fait supportable.
Le soutien actif d'une sage-femme compétente, motivante et formée à l'accompagnement physiologique : La présence d'une sage-femme expérimentée et à l'écoute est essentielle pour accompagner la femme dans son projet d'accouchement sans APD. Son rôle est de l'encourager, de la conseiller et de lui proposer des solutions adaptées à ses besoins.
La qualité de la communication mise en place : Une communication claire, ouverte et respectueuse entre la femme, son partenaire et l'équipe médicale est primordiale pour instaurer un climat de confiance et favoriser une prise de décision éclairée.
Rôle crucial de la sage-femme dans l'accompagnement physiologique
Le soutien actif d'une sage-femme compétente, motivante et formée à l'accompagnement physiologique est déterminant. La sage-femme joue un rôle essentiel dans l'accompagnement de la femme qui souhaite accoucher sans APD. Elle doit être en mesure de :
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- Informer et conseiller : Expliquer les différentes options possibles, les avantages et les inconvénients de chacune, et répondre aux questions de la femme et de son partenaire.
- Soutenir et encourager : Aider la femme à renforcer sa confiance en elle et en sa capacité à accoucher naturellement.
- Proposer des méthodes non pharmacologiques : Enseigner des techniques de relaxation, de respiration et de gestion de la douleur.
- Créer un environnement favorable : Veiller à ce que la femme se sente à l'aise, en sécurité et respectée.
- Surveiller et accompagner : Suivre l'évolution du travail et intervenir si nécessaire, tout en respectant le projet de la femme.
Analgésie péridurale : Avantages, inconvénients et alternatives
La péridurale, est une solution médicamenteuse permettant un accouchement sans douleur. Cependant, elle n'est pas dénuée d'inconvénients et de risques. La péridurale consiste en l'injection d'un anesthésique local ou d'un analgésique (ou les deux) dans le bas du dos afin de bloquer la transmission de l'information douloureuse de l'utérus et des muscles adjacents. Ceux-ci sont à l'origine de la douleur ressentie lors des contractions.
Pour recevoir une péridurale, on vous demandera de vous asseoir sur le bord d'un lit ou de vous coucher sur le côté pour vous piquer au bas du dos. Il est habituel de vous poser aussi une perfusion. Elle sera placée sur le dos de votre main ou sur votre avant bras. Avant de poser la péridurale, un anesthésiste viendra vous voir pour vous expliquer la procédure. Elle implique l'insertion d'une petite aiguille creuse à travers la peau dans le bas du dos auparavant anesthésiée. Un petit tube plastique (cathéter) est enfilé sur l'aiguille. Ce cathéter reste en place aussi longtemps que vous avez la péridurale, et une fois le cathéter mis en place on retire l'aiguille. Le cathéter est assez long pour aller du bas de votre dos à votre épaule où il est fixé par un sparadrap. L'anesthésique local et l'analgésique (si utilisé) sont injectés par le cathéter.
Actuellement, environ une femme sur quatre choisit d'avoir une péridurale. Elle augmente (X 8) les risques d'utilisation des forceps ou d'une ventouse (naissance médicalement assistée). Les produits utilisés peuvent faire chuter votre pression artérielle et la sage femme surveillera votre pression régulièrement. Si votre tension baisse vous pouvez vous sentir nauséeuse ou avoir la tête qui tourne, ce qu'il faut indiquer à la sage femme.
La péridurale est un acte qui médicalise la naissance. Vous êtes reliée en permanence à deux voies (la péridurale et la perfusion). Vous devez ainsi, sauf dans le cas d'une péridurale déambulatoire, rester couchée. La péridurale peut provoquer des démangeaisons, ce que vous devez signaler à votre sage femme. Parfois, la péridurale ne fonctionne que d'un seul côté de votre corps et vous ressentirez la douleur contractions du côté non anesthésié. Un petit nombre de femmes ont de pénibles maux de tête à cause de la péridurale et plus de la moitié auront de violents maux de tête. Il faut l'indiquer à la sage femme afin de les traiter. Rarement un problème potentiellement mortel peut affecter une femme sous péridurale.
Quelques maternités (mais pas à Tahiti) proposent des péridurales ambulatoires, faiblement dosées, qui permettent de marcher durant le travail. La diminution des doses d'anesthésique peut vous permettre de supporter les contractions tout en pouvant bouger et en ressentant le besoin de pousser. Votre sage femme vous suggérera peut-être de ne commencer à pousser que lorsque les contractions auront amené la tête du bébé assez bas.
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La péridurale est un acte de confort et les situations d'indications médicales sont rares (césarienne, hypertension, déclenchement, arrêt du travail, spasme du col, diabète…).
Impact du choix initial sur le vécu de l'accouchement
Une étude descriptive a révélé que la prévalence des primipares accouchant sous APD alors que ce n'était pas leur projet initial était de 14,3%. Cependant, le vécu de l'accouchement n'en était pas pour autant moins bon. Les éléments influençant positivement ce vécu étaient la possibilité de se mobiliser, l'absence de douleurs tout en conservant la perception des contractions et de la progression du bébé, ainsi qu'un faible degré de médicalisation ressenti. Près d'un tiers des patientes aurait souhaité se mouvoir davantage. Le temps de présence de la sage-femme n'influençait pas statistiquement le vécu, bien qu'aux dires des femmes, leur accompagnement était indispensable. 13,3% des femmes étaient indécises quant à l'utilisation de l'APD pour un futur accouchement et une souhaiterait s'en passer.
Conséquences d'une péridurale ratée
Le tribunal administratif de Nantes a condamné le CHU d'Angers (Maine-et-Loire) à indemniser une mère de famille après qu'un interne ait raté sa péridurale en septembre 2013. Au CHU d'Angers, l'interne a raté la péridurale sur la jeune maman Samia, âgée à l'époque de 34 ans, qui était arrivée le 15 septembre 2013 « peu avant minuit » pour l'accouchement de son cinquième enfant alors que « la poche des eaux semblait rompue » et qu'elle était en proie à des « douleurs intenses ». Une péridurale lui avait alors été pratiquée malgré son état d'agitation « caractérisé par des tremblements, sueurs, algie et agitation ». Mais l'interne avait introduit le cathéter « de manière trop profonde » : il était « venu se ficher » dans une « racine nerveuse ». Le fils de la requérante était finalement né « en parfaite santé » mais la mère avait ressenti par la suite des « lombalgies » et une « faiblesse dans la jambe gauche ». Un examen médical avait permis de « confirmer l'existence d'une lésion neurologique au niveau de la racine » d'une vertèbre lombaire, traduite par une « douleur sciatique ». Le tribunal administratif de Nantes a donc condamné le centre hospitalier à verser un peu plus de 3.700 € de dommages et intérêts à la requérante pour sa « prise d'antalgiques pendant plusieurs semaines et sa « boiterie d'esquive » temporaire.
Accompagnement individualisé : La clé d'une expérience positive
Les facteurs influençant l'accouchement sans APD sont multiples et interconnectés. Chaque femme ayant des besoins spécifiques, un accompagnement individualisé est indispensable. Il est essentiel de prendre en compte les préférences, les valeurs et les antécédents de chaque femme pour lui offrir un accompagnement adapté à ses besoins. Cela implique une communication ouverte et respectueuse, une écoute attentive et une prise de décision partagée.
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