L'accouchement est un moment crucial dans la vie d'une femme et de son enfant, et les statistiques liées à ce processus sont des indicateurs importants de la santé maternelle et infantile d'un pays. Au Mali, comme dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, les pratiques obstétricales et les taux d'accouchement connaissent des évolutions significatives. Cet article se penche sur les statistiques d'accouchement au Mali, en mettant en lumière les tendances, les défis et les perspectives d'avenir.
Évolution du taux de césariennes au Mali
Une tendance notable au Mali est l'augmentation du taux d'accouchement par césarienne. Selon des enquêtes réalisées entre 2013 et 2017, le taux national se situe entre 7 et 8 %. Bien que la césarienne puisse éviter la douleur de l'accouchement, elle peut également entraîner des complications pour la mère et le bébé. Il est donc crucial de comprendre les raisons de cette augmentation et d'évaluer si elle est médicalement justifiée.
Alexandre Dumont, obstétricien et chercheur, a observé des changements rapides en Afrique de l'Ouest concernant les taux de césariennes. Dans les années 1990, le taux était d'environ 1 % dans la plupart des pays d'Afrique centrale et de l'Ouest. Il est resté stable pendant une décennie avant d'augmenter dans les années 2000, en particulier dans les pays ayant développé la gratuité des soins obstétricaux. Au Mali, le taux est passé de 1,7 % en 2006 à 2,9 % six ans plus tard.
Impact de la gratuité des soins obstétricaux
La gratuité des soins obstétricaux a été mise en place dans plusieurs pays africains, dont le Mali, dans le but de réduire la mortalité maternelle et infantile. Cette politique a eu un impact notable sur les taux d'accouchement, y compris les césariennes. Au Mali, la politique de gratuité de la césarienne, mise en œuvre en 2005, prend en charge l'acte chirurgical, le kit opératoire et le traitement post-opératoire, même en cas de complication, dans tous les établissements publics.
Cependant, malgré cette subvention de l'État, les résultats de l'Enquête Démographique de Santé du Mali (EDSM IV) montrent que les taux de mortalité maternelle et néonatale restent élevés. Cela suggère que d'autres facteurs, tels que la qualité des soins et l'accès aux services de santé, jouent également un rôle crucial.
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Mortalité maternelle et infantile au Mali
Selon l'EDSM IV, une femme en accouchement meurt toutes les 3 heures au Mali, soit presque 8 femmes par jour. De plus, en moyenne, 3 nouveau-nés meurent chaque heure, soit 75 nouveau-nés par jour. Ces chiffres alarmants soulignent l'urgence d'améliorer les soins obstétricaux et néonataux dans le pays.
Il est important de noter que la césarienne n'est pas toujours la cause directe de la mortalité maternelle. Selon le Dr Souma Kodio, gynéco-obstétricien, certaines patientes présentent des pathologies sous-jacentes, telles que l'hypertension artérielle sévère, qui peuvent entraîner des complications lors de la césarienne et causer la mort.
Facteurs influençant le recours à la césarienne
Plusieurs facteurs peuvent influencer la décision de pratiquer une césarienne. Les indications médicales incluent les dystocies mécaniques (bassins rétrécis, kystes, myomes), les problèmes liés au fœtus et à ses annexes (placenta hémorragique, procidence du cordon, présentations particulières), les cicatrices utérines, la macrosomie, la souffrance fœtale chronique, les grossesses multiples et les anomalies de la voie basse.
Le Dr Kodio souligne qu'avant, il n'y avait pas beaucoup de spécialistes compétents au Mali. Aujourd'hui, il y a plus de personnel soignant qualifié pour réaliser la césarienne dans les règles de l'art. Les médecins maliens sont compétents et font ce qu'ils peuvent pour sauver la vie de la mère et de l'enfant.
Les risques associés à la césarienne
La césarienne n'est pas sans risques. Les risques peuvent être anesthésiques ou liés à l'extraction du fœtus. Il peut y avoir une déchirure qui peut conduire à une hémorragie ou une infection de la plaie opératoire. Un anesthésiste souligne que l'État n'envoie que l'anesthésie générale dans son kit, ce qui n'est pas nécessaire pour toutes les opérations et peut être dangereux pour les bébés.
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Accouchement par voie basse vs. césarienne
Il est important de noter qu'il y a plus d'accouchements par voie basse que par césarienne au Mali. Au Centre de santé de référence de la commune III du district de Bamako, par exemple, il y a eu 651 césariennes sur 3 200 accouchements en 2018.
Il faut retenir que la durée du travail d'accouchement varie entre 8 à 12 heures pour une femme à son premier accouchement, alors que pour une femme ayant déjà accouché 2 à 3 fois, la durée du travail est de 6 à 8 heures.
La grande multiparité au Mali
Une étude menée au Centre de santé de référence de la commune II de Bamako, au Mali, a examiné la grossesse et l'accouchement chez la grande multipare (femme ayant accouché au moins cinq fois). Cette étude a révélé que la fréquence de la grossesse chez la grande multipare était de 4,93 %. Il s'agissait de femmes au foyer dans 84 % des cas et non scolarisées dans 74,7 % des cas. Le pronostic materno-fœtal a été dominé par la rupture utérine (0,6 % des cas), l'hémorragie de la délivrance (9,8 % des cas), les présentations vicieuses (5,5 % des cas) et la procidence du cordon (6,8 % des cas).
Cette étude souligne que la grande multiparité est fréquente au Mali et qu'elle est associée à des risques spécifiques pour la mère et l'enfant.
Césariennes de confort et pratiques abusives
Alexandre Dumont a été témoin de l'arrivée des césariennes de confort dans une grande maternité de Dakar où il a exercé. Il se souvient d'un cas où une femme de la catégorie des "protégées" a été envoyée au bloc alors que la césarienne était moins une indication médicale qu'un supposé "confort".
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Une étude menée au Burkina Faso a montré que 24 % des césariennes réalisées dans les hôpitaux où ce geste est gratuit n'étaient pas médicalement justifiées. Cette pratique abusive est plus fréquente dans les villes, lorsqu'elle est réalisée par du personnel peu qualifié, et parmi les femmes issues des catégories sociales les plus favorisées.
Ces pratiques abusives ont des effets pervers, notamment un coût financier élevé, le danger d'un geste chirurgical sous anesthésie inutile, la mobilisation inutile de praticiens en sous-effectif et de blocs opératoires rares, alors qu'une urgence vitale pourrait se présenter.
Prévention des césariennes non justifiées
Face à l'augmentation du taux de césariennes et aux risques associés aux pratiques abusives, il est crucial de mettre en place des mesures de prévention. Alexandre Dumont va accompagner l'installation de la pratique dans quatre pays, dont le Burkina Faso, à partir de janvier 2021. L'objectif est d'informer les femmes des différents modes d'accouchement et d'aider les médecins et les sages-femmes à analyser leurs pratiques au regard des indications médicales de la césarienne.
Le médecin a observé que cette simple délivrance d'informations, si elle est bien dispensée, peut faire diminuer de 25 % le nombre de césariennes pratiquées dans un hôpital.
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