L'abécédaire, un outil pédagogique fondamental, présente les lettres de l'alphabet dans un ordre séquentiel, établissant un lien entre l'apprentissage des lettres et l'acquisition de la lecture. Son histoire est aussi ancienne que l'écriture alphabétique elle-même. Des tablettes abécédaires gravées sur pierre ont été découvertes en Mésopotamie, suggérant que ces supports servaient de transition entre différents systèmes d'écriture. Bien que le concept de l'abécédaire soit ancien, le terme désigne plus spécifiquement un instrument pédagogique destiné à un public particulier, notamment les enfants. Il ne se limite pas aux livres, mais englobe une variété d'objets et de jeux conçus pour rendre l'apprentissage désirable.
L'Abécédaire : Un Véhicule de Culture Écrite
L'abécédaire initie les non-lecteurs, en particulier les enfants, au monde des lettres. Il constitue un élément essentiel de l'acquisition des rudiments de la culture écrite : lire, écrire et compter. Il est important de noter que les pratiques pédagogiques ne combinent pas nécessairement ces compétences. L'apprentissage de la lecture, bien qu'étant une simple performance technique, joue également le rôle d'un rite de passage. Cette particularité explique la portée de l'abécédaire, la diversité de ses formes et les débats qu'il a suscités. La lecture ne se limite pas à un savoir-faire technique, car elle implique également la lecture, donc le texte, ce qui soulève immédiatement la question des contenus.
L'Abécédaire Illustré : Structure et Formes
Comment se définit l'abécédaire illustré et comment est-il structuré comme livre ? Quelles sont les formes et les supports de l'abécédaire à figures ? L'abécédaire est un ouvrage qui, avec les éléments de toute science, à savoir l'alphabet, contient un catéchisme succinct, des pièces de poésie variées, des images coloriées d'hommes et d'animaux et de petites natures mortes, une histoire naturelle abrégée, un manuel sommaire des différents métiers.
En 1812, dans La vie de Fibel, un court roman de Jean-Paul Richter inspiré par le Fibel Alphabet, l'abécédaire est défini de la manière suivante : « J'y ai appris non seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi l'épellation ; c'est à lui également que je suis redevable de toutes sortes de lectures que je ne cesse de faire. » La dénomination traditionnelle de Fibel, qui rime avec Bibel (Bible), n'est pas fortuite, car l'abécédaire est présenté comme le Livre de l'enfance par excellence. L'auteur porte un regard amusé sur un objet modeste, quotidien et familier, qui est pourtant présenté comme un ouvrage encyclopédique et comme la clé de l'accès aux autres livres et à tous les savoirs.
L'Abécédaire : Un Livre des Livres
Instrument du rite de passage que constitue l'apprentissage de la lecture, l'abécédaire revêt donc un caractère symbolique, et condense en un seul livre tous les autres livres : Bible de l'enfance, il est associé à l'apprentissage des valeurs religieuses et ses formes varient selon son aire de diffusion catholique ou protestante. Bien souvent alphabet et catéchèse vont de pair, et les premières leçons introduisent les prières et les devoirs de l'enfant chrétien, tandis que l'iconographie est chrétienne, dans le battledore anglais, comme dans le Fibel germanique, et l'ABC de colportage français, ou dans la littérature de cordel hispanique. Mais lorsque les Lumières commencent à défendre les valeurs de l'instruction, l'abécédaire devient un important vecteur d'acculturation. Livre des livres, il devient une somme en miniature, une encyclopédie à lui tout seul.
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L'abécédaire permet entre autres de classer et décrire le monde naturel (à travers le thème de l'histoire naturelle) et de proposer un répertoire de métiers au petit enfant, ce qui sert à l'orientation professionnelle et à la connaissance du milieu social environnant. Enfin, par un enseignement progressif qui conduit l'enfant de la reconnaissance des lettres à l'épellation puis à la lecture suivie, l'abécédaire ouvre à l'enfant l'accès de la bibliothèque et des lectures plus nombreuses et diversifiées qu'il pourra entreprendre sa vie durant.
Le Frontispice : Une Image Clé
Au seuil de l'abécédaire, une image détient une portée toute particulière, le frontispice. Cet emplacement met en scène l'usage de l'abécédaire et représente le « tableau » (au sens de Piaget) de la leçon de lecture. Un mode d'emploi du livre est proposé par cette « image-cadre », pour reprendre la définition utilisée par Claude Bremond dans l'analyse du conte et appliquée par Louis Marin au frontispice des contes de Perrault. Même si d'autres images que les frontispices peuvent prescrire, représenter et symboliser les usages de l'abécédaire, l'étude des variations iconiques des frontispices d'abécédaires (ou des couvertures d'albums abécédaires qui assument les mêmes fonctions) apporte toutes sortes d'indications sur les multiples horizons d'attente des livrets. Les positions respectives des personnages représentés dans la structure de la famille nucléaire, dans celle de la vie scolaire ou dans l'éducation préceptorale s'y trouvent spécifiées, en indiquant bien la relation entre l'enfant et l'adulte.
L'Abécédaire et le Contexte Familial
Le contact avec le livre est précoce (probablement plus qu'aujourd'hui) et s'opère vers trois ou quatre ans. Dans le cadre familial, les clivages de genre apparaissent à travers des représentations distinctes pour les scènes de l'éducation maternelle et de l'éducation paternelle. Du côté de la mère, la scène se passe à l'intérieur de la maison, alors que pour le père, elle a lieu en plein air, et l’enfant est invité à confronter d’emblée son livre avec le grand livre du monde qu'il découvre sous les rayons bienfaisants du soleil. Frères et sœurs reproduisent ces « tableaux » paradigmatiques à l'échelon du jeu entre aînés et cadets, petits garçons et petites filles, parfois même entre animaux familiers ou poupées. C'est là que Courbet, dans le portrait posthume qu'il dédie au philosophe qui l'a soutenu, représente Proudhon, méditant, assis sur les marches du seuil de la maison entre ses deux fillettes, dont l'une joue sur le sable, et dont l'autre déchiffre, le doigt sur les lettres, un petit abécé.
Cet hommage à l'enfance, symbolique dans un portrait funéraire, engage aussi le souvenir des positions de Proudhon sur les livres de l'enfance, puisque le philosophe s'était indigné de l'édition illustrée par Doré des Contes de Perrault, à cause du luxe de la publication ornée de grandes planches à laquelle il préférait de petits livres plus modestes et plus quotidiens. La figure du seuil joue à la fois sur le thème de l'éducation élémentaire comme rituel initiatique, et sur l'évocation du thème funéraire, tandis que les marches du palier constituent un discret rappel de l'iconographie du Degré des âges dans l'imagerie populaire.
La Représentation de la Lecture dans les Abécédaires
Pour en revenir aux scènes de lecture des frontispices d'abécédaires, il ne s'agit pas seulement d'images riches par la multiplicité des fonctions iconiques qu'elles mettent en œuvre, ce sont aussi des images au statut complexe, qui renvoient à l'horizon imaginaire de la scène de lecture, ou bien adoptent une représentation stéréotypée empruntée à un schéma transmis par l'iconographie traditionnelle. Bien qu'elle se référent au quotidien, il serait erroné de les prendre pour argent comptant, et même de les considérer comme des modes d'emploi du livret abécédaire. Elles rappellent simplement, d'une façon tout à fait générique, que l'abécédaire est un instrument d'apprentissage de la lecture. Même s'il s'avère dans les faits que l'abécédaire peut être utilisé à l'école, le modèle de l'apprentissage le plus répandu reste domestique, et valorise la représentation de l'intimité familiale, et tout particulièrement celle du lien entre la mère et l'enfant.
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Structure et Progression de l'Abécédaire
L'abécédaire apparaît comme un ouvrage dont la forme est figée, déterminée par des règles de structure invariables, même s'il existe une infinie variété dans les façons de le décliner selon les méthodes et les thèmes, selon les publics et les techniques d'édition. L'alphabet, les syllabes, les mots, les petites phrases se font suite avant que l'on n'accède aux petits textes qui sont publiés à la fin et au catalogue de l'éditeur parfois indiqué au dos du livre. Le caractère progressif et méthodique de l'abécédaire comme une chaîne organisée d'apprentissages est fortement marqué. L'apprentissage de la lecture se décompose en une suite de paliers éducatifs, et l'on ne passe d'une étape à la suivante qu'une fois celle-ci parfaitement acquise. A cet enseignement gradué, convient tout à fait la figure des « degrés » qui vient d'être évoquée, en rapport avec l'imagerie des degrés des âges.
La Pédagogie par l'Image : Comenius et son Influence
La pédagogie par l'image sur laquelle repose le principe de l'abécédaire à figures, qui en constitue l'un des principaux terrains d'application, a son fondateur européen, Comenius, et ses traditions. Dès le 19e siècle, des méthodes « actives » ont été préconisées, inspirées par la pédagogie par l'image dont l'Orbis Sensualium Pictus du tchèque Comenius (1658), lexique plurilingue en forme d'encyclopédie, est le titre fondateur, rapidement diffusé à travers tout l'Occident, même si jusqu'au dix-neuvième siècle son aire de diffusion est principalement celle du monde protestant. Exilé après la bataille de la Montagne blanche, l'auteur se fit lui-même l'ambassadeur européen de sa méthode, dont la redécouverte et l'exploitation en France datent des années 1860 puis de la Troisième République.
Le livre, un volume comprenant cent cinquante leçons, a pour principe la leçon de choses, - les choses étant remplacées par des images -, et fait appel au monde des sens, selon un principe pédagogique dont se sont réclamés ultérieurement Locke puis madame de Genlis. L'Orbis Pictus commence par une table d'alphabet très originale, dont la structure s'organise par lignes et colonnes. La colonne de gauche contient des images d'animaux gravées sur bois et superposées comme en une bande dessinée ; la colonne principale est constituée de petites phrases dont le thème est le nom de l'animal et le prédicat le verbe décrivant son cri, par une forme souvent tirée d'une onomatopée ; la colonne suivante transcrit phonétiquement le son du cri d'animal ; et la dernière colonne introduit la lettre de l'alphabet qui renvoie à ce son. Chaque ligne permet ainsi à l'enfant d'extraire par lui-même le son de l'image, par un processus complexe, visuel et acoustique, associant l'image, la langue maternelle, le phonogramme et enfin la lettre alphabétique. Cette logique expérimentale est réitérée de lettre en lettre jusqu'à la fin de l'alphabet. De ligne en ligne, l'alphabet est présenté comme une sorte de langage naturel extrait des cris d'animaux qui ignorent la frontière des langues.
Traditions Françaises de la Pédagogie par l'Image
En France, deux traditions différentes de la pédagogie par l'image et des pédagogies actives ont coexisté, dont l'une était populaire, avec le Rôti-cochon, et l'autre préceptorale et aristocratique, avec le Bureau typographique de Dumas (1733) ou le Quadrille des enfants de Berthaud (1744) associant le livre au jeu pédagogique. Peu d'exemplaires des abécédaires inspirés par ces méthodes, objets éphémères s'il en est, ont été conservés, alors que pour le 19e siècle, ils représentent un ensemble foisonnant dont un bel échantillonnage est conservé par le musée national de l'éducation de Rouen.
Mnémotechnique et Ordre Alphabétique
À travers l'ordre typographique que célèbre l'abécédaire, agit aussi, sur une plus longue durée, la persistance de modes mnémotechniques utilisés depuis l'antiquité, repris au Moyen Âge puis à la Renaissance, ceux des arts de la mémoire, qui consistent à placer dans des lieux distincts parcourus selon un itinéraire défini une succession d'images, qui, par des mécanismes associatifs, permettent de mémoriser de nouvelles connaissances. Dans chaque case, se trouvent distribuées des images selon l'ordre alphabétique (la lettre est l'initiale du mot désignant l'image) : le dispositif mnémonique est ici à la fois acoustique et visuel puisqu'il il faut entendre le son de l'initiale du mot et reconnaître l'image. Une multitude de nouveaux savoirs peuvent ainsi se disposer selon cet ordre alphabétique, lorsque l'abécédaire à figures donne lieu à une collection de livrets.
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L'Abécédaire et le Monde de l'Imprimé
L'abécédaire procède aussi du monde de l'imprimé dont il proclame la présence dans sa mise en pages. C'est celle de la « table d'alphabet » qui s'inspire de la casse d'imprimeur : une grande lettre est isolée dans une case, les cases s'ajustent les unes aux autres, et l'on peut les parcourir du regard de gauche à droite et de haut en bas. La même disposition est reprise pour les images lorsque celles-ci sont regroupées en planches hors texte : les vignettes sont placées dans des cases, juxtaposées et superposées, selon un ordre de lecture indiqué par la séquence alphabétique. Tant du côté du texte que de l'image, se ressent l'inculcation d'un ordre de lecture qui est associé à l'ordre typographique.
Face à cette valorisation de l'univers de l'imprimé typographique, il est difficile de ne pas évoquer l'un des récits d'origine de l'invention de l'imprimerie qui l'associe à la tradition des jeux de lecture sur des supports variés déjà signalée par saint Jérôme. D'après un épisode de Batavia d'Adrien de Jongue (1588), c'est vers 1420 que Laurent Coster « se mit à tailler des écorces de hêtre en forme de lettres, avec lesquelles il traça sur le papier, en les appliquant l'une après l'autre, un modèle composé de plusieurs lignes, pour l'instruction de ses enfants », puis « il imprima ainsi des images auxquels il avait ajouté des caractères en bois ».
Typologie des Livrets Abécédaires
De l'aspect matériel des livrets abécédaires, découle une typologie qui permet de mieux comprendre le vaste corpus des abécédaires publiés au dix-neuvième siècle. Il est bon au préalable de rappeler que l'abécédaire à figures ne représente qu'une partie du corpus global des abécédaires, auquel échappent notamment bon nombre de manuels scolaires jusqu'aux recommandations liées à l'application des lois Ferry qui ont massivement fait entrer l'image dans les livres classiques. Trois grandes catégories se laissent reconnaître au premier coup d'œil, elles correspondent à des circuits et à des publics différents qui accordent une place croissante à l'image. Le livre de colportage ne comporte parfois aucune image, - sinon un signe éponyme pour la Croix de par Dieu -, mais le plus souvent il compte une illustration sur la couverture ou le frontispice, selon un répertoire tout à fait déterminé, généralement religieux. L'abécédaire de colportage est proche du catéchisme, et le catéchisme peut prob…
Ressources Pédagogiques Modernes : Le Moyen Âge à la Maternelle
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